Histoire de l’espadrille de Mauléon : l’âge d’or (1900-1918)

Après le stade pré-industriel de l’espadrille (1850-1880), une nouvelle ère s’ouvre, l’ère du machinisme qui sera véritablement l’âge d’or de l’espadrille. Les techniques de couture évoluent. L’espadrille est un produit monolithique. Donc on a adapté les machines à fabriquer les chaussures pour faire l’espadrille. On utilise la couture « Blake ». Monsieur Blake était un anglais qui inventa une machine à points de chaînette, à fil vertical. Un seul fil cousait  tout le tour de la semelle. C’est l’une des premières machines qui a permis l’industrialisation.

Les industriels s’équipent de machines modernes, mais on conserve aussi le travail manuel. M.Cherbero emploie, en 1914, 800 à 1000 personnes (400 travaillent à domicile, 400 à l’usine). On compte 100 piqueuses, 80 monteuses. C’est l’une des plus grandes usines de France dont le chiffre d’affaires s’élève à un milliard de francs or. Vers 1900, une quarantaine d’entreprises se répartissent dans les Basses-Pyrénées. Une trentaine subsistent en 1913. Des tresseries se créent à Puyoo, Viodos, Arudy, Oloron, Nay. Les établissements Béguerie ouvrent des filatures en 1910.

Six entreprises très importantes se développent à Mauléon : Béguerie, Bidegain, Carçabal, Bardos, Barraqué et bien sûr Cherbero. La main d’oeuvre passe de 537 personnes en 1986 à 1585 personnes en 1914.

Atelier de monteuses chez Cherbero

Il est bien évident que la population mauléonnaise ne suffit pas à cette explosion industrielle, d’autant plus que les ruraux ont boudé l’industrie de la sandale. On va donc faire appel à l’Espagne pour la main d’oeuvre.

L’immigration espagnole

Au début, dans les années 1875, il ne s’agissait que d’une main d’oeuvre saisonnière. En octobre, Aragonais et Roncalais se mettaient en route par groupes de 15 à 20 personnes. Ils constituaient ainsi des troupes joyeuses, bigarrées car les femmes étaient vêtues du costume traditionnel. Ils passaient par le port d’Ourdayte. Le retour au pays s’effectuait vers avril, mai. Les jeunes filles aragonaises et navarraises avaient entre seize et vingt ans. Elles achetaient à Mauléon le linge pour leur trousseau.

Les premiers couples espagnols seraient arrivés en 1831. Ils étaient originaires des villages de Fago et de Salvatierra. La progression fut très rapide. En 1891, les immigrés constituaient 21% de la population, en 1911 31%. On travaillait alors de 15 à 16 heures par jour. Les mariages mixtes furent rares jusqu’en 1911. Les immigrés se fixèrent peu à peu et constituèrent une minorité compacte dans la ville. Citons quelques noms : M.Blanzaco, arrivé en 1870, dont le grand-père travaillait chez Béguerie à l’âge de 13 ans, les Palacio, les Gil.

Pendant la première mondiale, les Espagnols continuèrent à venir travailler à Mauléon. Il fallait aller les chercher à Roncal, Isaba et Ustarroz.

La première guerre mondiale n’a pas enrayé la progression économique de Mauléon. La capital sandalier est un capital financier consistant davantage en d’importantes liquidités, en crédits avancés par les grossistes et les fournisseurs. De là, peut-être, viendront les premières difficultés. Ce capital sera sensible aux dévaluations monétaires après la guerre et les premiers symptômes de la crise apparaîtront.