Histoire de l’espadrille de Mauléon : le stade pré-industriel (1850-1880)

A partir de 1850, apparaît à Mauléon le fabricant de sandale ou espadrille. En fait, ce n’est pas lui qui fabrique, mais il organise et distribue le travail à domicile. Le fabricant achète la toile, la corde, les filées de jute. Observons un peu la provenance des matières premières. On abandonne peu à peu le sparte et on utilise le jute qui était produit au début du siècle dans les usines de filatures d’Ecosse. Il pousse au Pakistan oriental, aux Indes et en Thaïlande. Le jute était acheminé par le port de Bordeaux aux industriels de la région (Orthez, Nay). Cela aura pour conséquence la ruine de l’artisanat local de textile. La toile à espadrille, quant à elle, est l’héritière des tissages de linge basque (1650). Les Belges avaient créé ici cet artisanat à cause de la qualité de l’eau dont on se servait pour le « rouissage » du lin, de manière à rendre la fibre imputrescible. On tissait aussi le chanvre à la maison pour la constitution des trousseaux.

Revenons au rôle du fabricant: il a une activité commerciale. Il répartit les matières et paie aux pièces les ouvriers à domicile. Ces ouvriers s’appellent les façonniers: ils piquent, ils cousent et montent les espadrilles à la main. Ce travail n’occupe que des familles de manoeuvres très pauvres, sans terre. Femmes, enfants, vieillard travaillaient.

En 1850, on compte à Mauléon huit fabricants et autant dans les villages voisins. Pour exercer sa tâche, le fabricant avait besoin d’un hangar qui servait de dépôt de marchandises et d’une solide charette attelée de deux petits chevaux afin d’effectuer sa tournée auprès des ouvriers dispersés dans les villages environnants.

A mauléon, les Béguerie dominèrent et utilisèrent un système commercial hiérarchisé bien au point au XIXème siècle. Parmi ces fabricants, on trouve les noms de M.Salles Ainé, M. Dufour, M. Dalgalarondo. La sandale a donc favorisé l’apparition de nouveaux groupes socio-professionnels. Les fabricants sont assimilés à des commerçants mais ils ne vont pas en rester là! Ils seront à l’origine de la création d’une industrie greffée sur une société rurale qui connaîtra un essor subit et quasi-explosif. Le système de la fabrique sera une réussite et il va s’étendre et progresser.

L’extension du système de la fabrique

Il va bénéficier d’abord d’une démographie stabilisée, ensuite d’une population appauvrie par la conjoncture économique, et enfin l’émigration ne sera plus un fléau mais au contraire deviendra un avantage. En effet, en 1864, des commandes massives du Brésil et du Venezuela vont enrichir les fabricants. Le marché de la sandale s’élargit plus vite que la production. Vers 1868, les 4/5ème de la production sandalière s’écoulent vers la Plata où les Souletins ont des correspondants actifs. Les fabricants s’ouvrent des marchés au Brésil, en Uruguay, en République Argentine, par l’intermédiaire des cadets de famille qui ont émigré là-bas.

En 1876, la sandalerie représente 26% des activités non agricoles, mais il n’y a pas de symbiose entre le monde de la sandale et le monde agricole. Les besoins devinrent si grands que les fabricants s’unirent afin de relever les prix de l’espadrille. Un accord fut passé devant le notaire.

A partir de 1880, la sandalerie va connaître une période de grande prospérité. L’apparition de la machine Blake, les premiers moteurs à pétrole sont très vite remplacés par des moteurs électriques. Mauléon fut une des premières villes électrifiée en France. Certains fabricants construisirent des usines hydroélectriques sur le gave.

Le jute est filé mécaniquement grâce aux machines Hayet. Cependant, on continue à coudre les semelles à la main sur les fameux bancs de bois de forme trapézoïdale.

A côté de ces améliorations techniques, l’industrie sandalière va trouver de nouveaux marchés. L’usage de l’espadrille se répand. Dans le Nord de la France, les mines prospèrent et les effectifs doublent entre 1880 et 1900. Les mineurs utilisent parfois une paire d’espadrilles par semaine. Les modèles sont simples, uniformes, faciles à stocker. L’espadrille permettait de supporter la chaleur intense à l’intérieur des mines. Les problèmes commerciaux sont réduits au minimum. On vend de 300 à 400 000 paires.

1870 - La rue Victor Hugo à Mauléon

1870 – La rue Victor Hugo à Mauléon

On commence à élever les murs des usines et c’est le début de l’ère des pionniers, qui deviendront les grandes figures de Mauléon: Pascal Cherbero, Louis Béguerie, M. Carçabal, M. Laplace. L’âge d’or de l’espadrille arrive.

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